Saint Sulpice-Laurière

la D 1150

Par un beau matin de printemps  le Vieux fit visiter   »son domaine » libre à la vente: des hectares de  terre agricole Limousine,   plantés en sapins de belle venue sur les anciens pâturages de la montagne, d’autres affermés à des éleveurs de bovins, et de vastes terrains entourant  »le manoir » familial, propices à des cultures potagères ou fruitières comme à l’élevage de chevaux, de chèvres ou  de moutons. Volière,  clapiers, pigeonnier,  locaux à usage multiple complétaient le tout, agrémenté d’une  vue dominante sur le village et d’une source  d’eau potable, fraîche et pure. Décors naturels uniques et inimitables. Bref un petit paradis. Le tour du propriétaire n’aurait pas été complet sans un coup d’oeil  à la parcelle 1150, section D, une ancienne châtaigneraie  de 12 ares dont les arbres furent abattus par des cantonniers trop zélés, et qui se trouve enclavée dans la décharge municipale au point de faire corps avec elle et de lui servir d’annexe. Le Vieux se serait satisfait d’une vue d’ensemble rapide et superficielle depuis la route et il se préparait à  repartir, mais le visiteur insista. On s’avança donc d’un pas incertain parmi une grande variété d’objets de bois,de métal et de plastique: éléments de bicyclettes, gazinières écrabouillées, ustensiles divers, fûts de métal rouillés au contenu douteux, palettes, vestiges de jouets,  poupées et  chevaux à bascule, fragments de pvc aux couleurs vives et aux origines diverses , friables, disséminés, ancrés au sol.

Le visiteur  tourna vers son guide un visage étonné : « C’est quoi ce bordel? »

C’était si évident que ledit pilote jugea des explications bien inutiles et superflues; néanmoins il désigna le haut talus, un remblai  de plusieurs mètres qui transformait l’ancienne parcelle agricole en un sombre dépotoir. Les objets variés et avariés qui jonchaient le sol avaient dévalé la pente raide et instable de la terrasse de déversement. On en trouvait éparpillés le long de la limite de propriété. Comme on supporte les intempéries et autres malédictions du Ciel,  le Vieux avait courbé l’échine sans protester sous cette avalanche, soucieux de prouver à la face du  monde communal qu’il ne méritait pas la vilaine réputation d »’éternel plaideur  » à lui faite  par M. Servaud  et Mme Cervelle,  du braintrust municipal.(lire   »péripéties d’un procès perdu »).

 Ils étaient silencieux en regagnant la voiture. Le Vieux se sentait enveloppé d’un regard de mépris qui le mettait mal à l’aise. Sa R5 était garée devant  la grille de la décharge .  Sur la haute porte en fer   un avis du Maire placardait la menace  de sévères sanctions pour les responsables  de dépôts illicites.

Depuis toujours et par tradition familiale le Vieux éprouve un respect viscéral,  profond et sincère pour le premier magistrat de la commune et pour sa troupe. Ils sont les  zélus du Peuple, sortis des urnes à l’issue de suffrages pas forcément  malhonnêtes, des hommes à la bonne étiquette, et donc forcément l’élite des meilleurs. Il s’enhardit à leur proposer, par courrier, à plusieurs reprises, l’échange de sa parcelle 1150 section D  contre l’équivalent pris ailleurs dans les biens communaux. Il lui fut sèchement répondu que   »la commune n’envisageait pas d’agrandir la décharge ». Le Vieux prit alors conscience qu’en  »haut lieu » (c’est-à-dire à la Mairie) il était mal aimé, et de cette carence affective il souffrit au plus profond de l’âme.

 Ce chagrin s’ajouta à d’autres et les années passèrent dessus.

Et puis vint le jour où il réfléchit dans sa vieille tête que  son attitude passive, sa patiente soumission au fait du Prince serait interprétée comme de la veulerie; que c’était son devoir d’honnête citoyen et bon  contribuable de se dresser  contre un état de fait qui contrevenait au décret du Maire. Il décida alors de tout mettre en oeuvre et de veiller de toutes ses vieilles forces à l’accomplissement des menaces  municipales placardées à l’entrée de la décharge  par le premier magistrat de Sen Supéri.

 

 

A

 

 

 

                                                                                                                                 Amas de détritus en contre-bas de la décharge communale, sur la parcelle D 1150.

 

 

 

 

 

 

 

Refus de la municipalité aux propositions réitérées d’échange de terrain.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

 

 

 

– Plainte à la Brigade de Gendarmerie –

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