Saint Sulpice-Laurière

La traversée du XX° siècle sur les registres municipaux

Il m’a paru intéressant de lire l’agitation parisienne et les secousses planétaires du siècle passé dans leur traduction locale sur les registres municipaux. J’ai pu y glaner un recueil de faits intéressants. Je me propose de les offrir à votre curiosité, accompagnés de souvenirs et de documents personnels puisque j’appartiens à ces temps révolus.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

°°°°°°°°°°°°°°°°° Les curés et les francs-maçons °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

La République fut proclamée le 4 septembre 1871 au lendemain du désastre de Sedan. Elle fut constituée en 1875 et ses institutions ne reçurent que des retouches mineures jusqu’à l’écroulement final de 1940; par ses lois  la 3ème République modela le visage de notre xx° siècle. Le xx° siècle a commencé avec la fin de l’Empire et la défaite contre la Prusse . Née d’une défaite, Marianne III est décédée dans les affres d’une autre défaite.

Aux fastes de  l’Empire succédait une monarchie parlementaire. Nouvelle secousse et nouvelle période trouble pour ce malheureux pays. Nombre de députés étaient davantage bonapartistes ou royalistes que républicains;  ils ne brûlaient pas d’amour pour  »la gueuse », c’est-à-dire pour la France. Pourtant on dût passer par eux et faire appel à  leur présumé patriotisme pour voter les crédits du canal de Panama;  ils vendirent chèrement leur vote et tirèrent le meilleur profit du montant de l’emprunt. Sous ce nouveau régime tout était bon pour faire de l’argent; les décorations se vendaient à des prix variables suivant le grade. On pouvait être Chevalier de la Légion d’Honneur pour 20000f  et Grand-Croix pour 45000. Ce petit commerce de rubans était dirigé et organisé par Daniel Wilson, gendre du Président Jules Grévy. Les Institutions et les grands Corps de l’Etat, la Justice, l’Armée, n’étaient pas plus moralement recommandables; le capitaine Dreyfus fut dégradé, condamné à dix ans de détention et envoyé à l’Ile du Diable en Guyane avant d’être réhabilité.

Dans ce climat moral Gambetta  décida  »d’écraser l’infâme ». Il s’agissait d’exclure des écoles les membres des congrégations, c’est-à-dire des organisations très diverses, essentiellement les jésuites, coupables d’instruire les enfants. Il y eut au Parlement des batailles avec distributions de paires de giffles, où Gambetta  perdit son oeil de verre, la sonnette présidentielle perdit son battant et les parlementaires semèrent des souliers sur les lieux du combat;  on se calma pendant une  vingtaine d’années, puis en 2001 le  »petit père » Emile Combes, franc-maçon,  président du Conseil reprit avec allégresse la lutte  »contre les corbeaux » .

A Saint Sulpice on  »écrasa » ce qu’on avait sous la main: la Congrégation des Soeurs du Sauveur et de la Sainte Vierge.

Le couvent des Soeurs s’était établi à l’initiative et aux frais d’Anne Villefort, dont les parents abritaient dans leur château des curés pendant la Ière République (lire  »le Château de Villefort »). Son statut était:

Art.1er: la Congrégation a pour fin le service des pauvres et des malades…l’instruction gratuite…toutes les oeuvres de charité.

Art 2: la Congrégation est gouvernée par une Supérieure Générale élue tous les cinq ans à la majorité des suffrages des soeurs.

10 février 1902: Rapport du Commissariat Spécial de Police, gare de Limoges :  »La fondation de cet Etablissement remonte à près de 50 ans. La Commune ne possédant pas encore d’école, le curé fit venir des religieuses de l’ordre précité, et avec l’aide d’une vieille demoiselle très riche il fit l’acquisition de l’immeuble qu’elles occupent actuellement et le leur laissa à son décès. Les religieuses tiennent donc depuis environ 1854  une école libre fréquentée pour le moment par une 50aine d’enfants. Leur rôle est de donner gratuitement l’instruction primaire, d’y enseigner le catéchisme et  en outre de visiter à domicile les malades pauvres. L’école est divisée en deux classes: la classe enfantine (25 enfants) et la classe primaire (30 élèves environ). L’école périclite pour l’instant: bien des parents en retirent leurs enfants pour les mettre à la nouvelle école communale.

Avis du Commissaire Spécial:  »L’utilité de l’établissement des religieuses est absolument contestable. Les services qu’elles rendent sont pour ainsi dire nuls. En effet l’instruction qu’elles donnent laisse beaucoup à désirer. Elles visitent peu ou pas les malades. Enfin d’une manière générale elles sont antipathiques ou indifférentes à la population ».

Par son  »vote après délibération », courageusement conforme aux souhaits et à la volonté du Gouvernement, le Conseil municipal de Sen Supéri enlevait à une poignée de pauvres vieilles filles inoffensives leur raison d’exister en ce bas monde.

 »Le 17  juin avons frappé à la porte de l’immeuble  de la congrégation. Il semble qu’il est inoccupé. Il résulte de nos renseignements que les religieuses ont quitté la localité le  samedi 13 juin. » Signé Tinus Ernest , Commissaire Spécial des Chemins de Fer, Officier de Police Judiciaire, Auxiliaire de Monsieur le Procureur de la République.

Le conseil municipal et son secrétaire de mairie, l’instituteur Adrien Fraisseix, viennent de démontrer qu’à Sen Supéri on a la tripe républicaine. Puis ils réfléchissent ( un peu tard) qu’ils  se retrouvent avec 50 nouveaux élèves à caser. Sans plus tarder ils entreprennent des démarches auprès des Autorités pour ouvrir une classe enfantine. Hélas! Voyez comme sont  les gens! On leur chercha des poux dans la tête! Pour une malheureuse histoire de bistrot !

°°°°°°°°°°

1902: Dans toute la France c’est la grande bataille électorale,  »Barrabas contre Jésus », disent les curés; les congrégations contre les francs-maçons. Entre les deux tours de scrutin l’éruption de la Montagne Pelée fait 30000 victimes à la Martinique. Une souscripion est organisée. Le Conseil adopte à l’unanimité une souscription de 20 f.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

 °°°°°°°°°°

°°°°°°°°°°°°°° Le Progrès °°°°°°°°°°°°°° On a coutume de découper dans notre Histoire le temps de la Foi et des cathédrales, le Grand siècle, le siècle des Lumières, celui de l’industrialisation. Le XX° siècle est le siècle du Progrès, de la frénésie de changement, du bruit, de la vitesse, de l’agitation et de l’univers de désordre et de folie qui en est le résultat. A Saint Sulpice le Progrès s’incarna en la personne de M. Mazaud, industriel, et prit la forme de l’usine électrique de La Ribière.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :