Saint Sulpice-Laurière

Le marquisat de Laurière

 

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Limousin-Marche – Découpage féodal –

En ce temps-là les divisions administratives de l’Empire Franc s’animaient d’une vie indépendante comme les membres d’ un corps à la tête malade. Les structures géniales que Charlemagne avait peaufinées perdaient leur cohésion. Il y avait deux villes de Limoges, et même trois avec l’abbaye Saint-Martial qui menait une existence séparée. Le comté du Limousin était décomposé, au point de disparaître en tant que subdivision administrative, en huit vicomtés et autant de vicomtes belliqueux. Il faisait partie du duché d’Aquitaine, son suzerain était le comte de Poitiers. En filigrane l’évêque gérait son diocèse, dont les frontières calquées sur des vieilles limites gauloises resteront stables jusqu’à la Révolution.(v.note 6)

C’est dans le compost de la Féodalité que s’enfoncent les racines de la famille Hélie-Pompadour.
Disputes familiales, querelles de voisinage, frontières floues, prérogatives contestées entre le temporel religieux et le pouvoir civil. Les seigneurs portent des  »chafres », des noms pittoresques: Taille Gueux, Tranche Serf, Tranchelion, Jambe Pourrie, Bave-la-Mort, Barbe-de-Chat, Bégot le bègue, Le Leu; des noms de pirates, et ils en ont aussi le comportement; les villages flambent comme des crêpes au cognac. Les Plantagenets subiront et perpétueront ce triste  état de fait.
A la fin du Xème siècle, donc, Hélie était un personnage peu recommandable, barbare, caractériel, comte du Périgord et de la Marche. Pas pire que ses semblables: la force était leur droit. Pourtant J. Nadaud passe pudiquement sous silence ses comportements indignes d’un grand ancêtre. Dans leur Encyclopédie, Diderot et d’Alembert l’ignorent également et font de l’évêque du Puy le personnage central de la saga pompadourienne:

  •   « POMPADOUR,(Hift.de Fr)noble & ancienne maifon du Limoufin; elle portoit au commencement, ou comme nom de famille, ou comme nom de baptème, ou comme une efpèce de furnom, celui de Hélie; les femmes de cette maifon ont fouvent porté celui de fouberane ou fouveraine. fouveraine Hélie, fouveraine de Pompadour. De cette maifon aujourd’hui éteinte, étoit Geofroi de Pompadour, évêque de Périgueux, & enfuite du Puy, grand aumônier de France, qui fut premier préfident de la chambre des comptes de Paris. »

Donc à la fin du Xème siècle de sombres querelles de voisinage opposaient un certain comte Hélie à Gérald, vicomte de Limoges et ami de Benoît, évêque coadjuteur. Hélie, par ruse, réussit à capturer l’homme d’église, et quand il l’eut à sa merci, sans respect pour la fonction, il lui fit crever les yeux. Les deux. Un sentiment d’horreur souleva toute l’Aquitaine. Rome chassa Hélie de la Communion des fidèles. Partout les portes des églises se fermèrent et les sacrements lui furent refusés. Ce fut une aubaine pour ses vassaux: ils mirent l’évènement à profit pour s’affranchir de l’hommage. Hélie abandonné de tous ne tarda pas à tomber aux mains de son ennemi le vicomte qui l’emprisonna dans le château  de Limoges, à l’emplacement actuel de la place de la Motte. On prépare à Hélie un traitement aussi cruel que le forfait, mais il s’évade et le voilà à genoux à Rome, devant le pape. Dans son infinie bonté le souverain pontife qui connaît bien les faiblesses de l’âme humaine accepte les excuses et accorde le pardon. Hélie est de retour chez lui mais – justice immanente ou fatigues du voyage – il meurt en poussant la porte… Son frère, lui aussi prisonnier du vicomte, n’était pas plus présentable, mais – miracles de l’amour! – la fille de Gérald s’éprend de lui, le fait évader puis l’épouse avec l’accord parental. Il devient l’allié de son beau-père contre l’ennemi commun présent dans la Marche, le puissant comte Lusignan du Poitou.

Noble Geoffroy Hélie, seigneur de Ségur, qui fut compagnon d’armes de Louis VII, est le grand ancêtre choisi par J.Nadaud. A Antioche Geoffroy était chargé de surveiller Eléonore, que le roi avait eu le tort d’emmener avec lui parmi les Infidèles et qui subissait leur mauvais exemple. En 1152 Hélie était à la Cour où le roi, fraîchement divorcé, lui fit épouser l’héritière de la Maison de Pompadour apparentée aux vicomtes de Limoges. Dans la généalogie détaillée des Hélie-Pompadour,- voir la monographie  »Laurière » du même auteur-, apparaissent les noms des Rochechouart, Ventadour, La Rochefoucault, Les Cars, Montgomeri, Talleyrand, de Chauveron, Hautefort, Sainte-Maure…Que des gens bien.

En 1426 Golfier fut le premier à abandonner le nom d’Hélie pour celui de Pompadour.

Jean,

son fils, épouse en 1453 Marguerite de Chauveron du Ris et Laurière. Par cette union il devient aussi seigneur de l’Age-Ponnet, Bré, Cromières, Saint-Cyr la Roche, Chanac, et coseigneur de la ville d’Allassac. Ce mariage apporte l’aisance à la famille. Jean de Pompadour, seigneur de Laurière, est fait capitaine de Capdenac par Charles VII, chevalier de l’Ordre de Saint Michel, Conseiller au Parlement de Paris; il est chambellan de Louis XI en 1460. Il fait rassembler le ban et l’arrière-ban du Limousin au service du roi. Il hérite de son oncle évêque de Viviers en 1477. Ses enfants ne connaîtront pas la misère.

Geoffroi,

évêque du Puy et autres lieux, frère de Jean, est couvert de charges ecclésiastiques qu’il porte allègrement. Ses poches de soutane craquent sous le poids des écus. Il fait retaper le château de sa belle-soeur, en ruines depuis 180 ans, et vient y mourir en 1514. Enterré à Arnac (16), son tombeau sera vandalisé à la Révolution.
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Le château de Chalais, transformé en  asile de vieux depuis 1895, fut vidé de ses meubles, boiseries finement ciselées, peintures et tableaux, tentures, tapisseries et objets divers en décembre 2007. Le tout fut vendu à Drouot sous le marteau de Me Thierry de Maigret, commissaire priseur. Chalais(16) était la demeure des comtes de Talleyrand-Périgord, eux aussi présumés lointains descendants d’Hélie  »l’Obscurantiste » (les yeux de l’évêque) –pardon– ou de Hugues Capet selon les sources. Au n°90 du catalogue de Drouot figurait le portrait en cuirasse d’un Hélie de Pompadour, marquis de   « Lorière », contemporain présumé, d’après ses moustaches, des mousquetaires et du cardinal de Richelieu. Cette présence à Chalais ne doit pas surprendre; les Talleyrand et les Pompadour ont   eu des liens familiaux étroits et suivis; Jean de Talleyrand-Périgord prince de Chalais, né en 1640, était le fils de Charlotte de Pompadour et l’époux de Julie de Pompadour, née en 1651.
Les Pompadour se distinguent comme soldats au service des rois de France dans de nombreuses batailles. Quand les aînés n’y sont plus parce qu’ils y ont laissé la vie, les cadets tonsurés quittent les ordres pour assurer la descendance.

Geoffroi
né en 1513 triompha du duc d’Albe dans le Piémont. Il prit la forteresse de Casal, clé du Milanais. Il participa à la bataille de Dreux. Il fut gouverneur du Haut et Bas Limousin.
Jean,

son fils, qui fut tué à vingt-six ans d’une arquebusade dans la tête était surnommé par les Huguenots  « l’épée dorée de la cour  »: il empêchait la mise à sac des villes prises, mais il autorisait ses troupes à  « recevoir d’honnêtes présents en joyaux, or, monnaies et meubles divers sans qu’il soit commis d’exactions inutiles ». Il prit la ville de Mirabeau mais se heurta aux murailles imprenables du château; alors il se dirigea vers  la maison familiale du gouverneur. On lui remit les clefs et un  « cadeau » de 4000 écus qu’il distribua à ses soldats. Le stratagème est encore employé de nos jours  avec le même succès pour trouver le chemin des coffres de banques.

Louis,

frère de Jean, se distingua à la prise de Mussidan. A la mort du vicomte son père il devint seigneur de Pompadour et baron de Laurière. En Limousin il mit en fuite les protestants et avec eux les bandes de pillards qui commettaient mille méfaits. En 1589 il fut nommé lieutenant du roi pour le Haut et le Bas Limousin.

Léonard Philibert

fils de Louis, époux de Marie de Provence, que le roi Louis XIII nommait   »le meilleur gentilhomme de mon royaume », est surtout connu grâce à Tallement de Réaux pour ses infortunes conjugales.

Charlotte

sa fille, née en 1621,   « valait la mère », dixit de Réaux. Elle était fort belle et avait épousé en 1637 Charles de Talleyrand qui ne l’était pas du tout. Elle était coquette et le mari jaloux…(pour les détails: voir  Tallement de Réaux)

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Catherine de Sainte-Maure

Elle figurait à Drouot peinte à deux âges de sa vie, aux nos 19 et 107 du catalogue. Le recueil des Oraisons Funèbres de Bossuet –   « notice sur Charles de Sainte-Maure  » nous donne quelques renseignements sur les origines et les mœurs de sa famille. Catherine naquit au sein du calvinisme, de Léon de Sainte-Maure et de Marguerite de Chateaubriant. La maison de Sainte-Maure avait plus de six cents ans d’antiquité et celle de Chateaubriant avait aussi beaucoup de bouteille. Deux frères: Hector de Montausier, l’aîné, et Charles de Salles(v.note 4).  Le père mourut alors que la mère n’avait que vingt cinq ans.  »C’était une de ces femmes rares, qui n’ont aucune des faiblesses de leur sexe et qui ne connaissent que leur devoir; aussitôt après la perte de son mari elle établit chez elle l’ordre le plus sévère, réduisit son domestique, bannit de sa demeure toute espèce de luxe, ne porta que des habits faits de ses propres mains ».(Bossuet) . Catherine grandit dans ce quotidien austère, puritain, mal accepté par les deux jeunes garçons qui désespéraient Marguerite. A dix sept ans Catherine fut donnée en mariage au marquis de Lénoncourt, de quinze ans son aîné. Il existe des maris inoffensifs parfumés au tabac, à l’alcool, au cambouis, à la pisse de chat, à rien du tout ou à n’importe quoi…Celui-ci empestait la poudre à canon. De la race des baroudeurs, jamais chez lui, il ne se plaisait qu’à l’avant de ses troupes, en première ligne, face à des gens dangereux, armés et animés de mauvaises intentions. Le 8 janvier 1632 il prend Moyen-Vie. Il est blessé dans un combat avec les Impériaux. Il se distingue à la bataille d’Avein. Il se comporte avec honneur à Bormio face aux Impériaux. Il contribue à la prise de la contrescarpe de la Capelle. Le 3 octobre 1637 le marquis capitaine de chevaux-légers est nommé gouverneur de Clermont-en-Argonne par le Roi. Il se signale à la défaite des troupes du duc de Lorraine près de Morange et au siège du château de Moyen. Maréchal de camp, il est blessé devant Aire. En 1643 il est nommé gouverneur de Lorraine. Le 1er Août 1644 au siège de Thionville le marquis de Lénoncourt, gouverneur de Lorraine, Nancy & Clermont, reçoit un boulet en pleine poire et du même coup de canon Catherine se retrouve veuve et sans enfants.
En 1645, après un délai de deuil tout juste décent, Catherine de Sainte-Maure épouse Philibert de Pompadour, marquis de Laurière, parfaitement nul et insipide.

Philibert de Pompadour

tonsuré en 1623, est le fils de Jean n°4, frère cadet tonsuré de Léonard-Philibert, et donc le neveu de Léonard-Philibert et de Marie de Provence. A la Cour Montausier l’aîné des frères de Catherine s’occupe de son nouveau beau-frère. Le roi accorde parcimonieusement pour trois ans la charge de sénéchal du Poitou à Philibert. Ensuite sur l’insistance du beauf, les charges de sénéchal et de gouverneur du Périgord  lui assurent d’honnêtes revenus. Montausier, quoique mal à l’aise à la cour, n’imagine pas une autre vie. Sa sœur Catherine y est malheureuse, elle ne s’adapte pas aux moeurs et à la vie mondaine; elle quitte la cour, toute son agitation, et va vivre au château de Laurière la vie austère des Sainte-Maure.

 Montausier s’occupe alors de son neveu Léonard:

Mémoires de Saint-Simon, éd.Pléiade, T III, p159…:  »M.de Montausier l’approcha de Monseigneur qui lui fit donner un régiment d’infanterie et succéder à son père en Périgord…

Léonard de Pompadour , le fils de Philibert et de Catherine……  « C’était un homme bien fait, qui avait même de beaux traits, mais dont la physionomie, le maintien et toute la figure serraient le cœur de tristesse: il était tout fait pour être crieur d’enterrements. Cet extérieur ne trompait pas: rien de si ennuyeux ni de si affligeant que tout le reste. Il se mit à jouer gros jeu et à perdre. Il devint amoureux de la troisième fille de M et Mme de Navailles qui ne voulurent point de lui. Sa persévérance, le désir de la fille qui y répondait, les insistances des deux sœurs et celles du duc de Montausier vainquirent enfin la résistance. La première nuit de noces ne fut point modeste: ils passèrent au lit trois jours et trois nuits, et cela se réitéra souvent par la suite…….Il passa la plus grande partie de sa vie sans cour et sans servir, dans une grande obscurité, à Paris où il ne laissa pas de se ruiner……Il vendit son gouvernement et mit ses affaires dans le plus grand désordre…..Sans se lasser l’un de l’autre, l’ennui leur prit enfin de leur état. Leur fille leur parut propre à les en tirer, en la mariant, non pour elle, mais pour eux. La duchesse douairière d’Elbeuf, qui les aimait par les respects infinis qu’ils lui rendaient, vivait beaucoup avec Mme de Dangeau à la cour et lui faisait la sienne; Dangeau, riche, puissant et jouissant de gros du roi, était en état d’attendre les biens d’une belle-fille dont l’alliance l’honorait…..le mariage se fit donc sans rien donner à la fille, tirant le père et la mère de l’obscurité, qu’on vit naître à la cour comme des champignons. Dangeau, avec l’agrément du roi et de Monseigneur, céda sa place de menin au beau-père Pompadour et son gouvernement de Touraine au marié, et Mme Dangeau à sa belle-fille sa place de dame du Palais que sa santé et ses privances ne lui laissaient plus guère exercer. Le roi lui fit la galanterie de lui conserver sa pension de six mille livres de dame du Palais sans qu’elle les demandât, et sans préjudice de celle de sa belle-fille. Voilà les Pompadour initiés tout à coup à la cour, à Marly, à Meudon, chez Mme de Maintenon quelquefois. La femme, qui avait été belle, avait toujours été désagréable……c’était une précieuse de quartier, avec un esprit guindé et une politique accablante, toutefois avec de l’esprit et fort polie. Ils ne bougèrent de chez Dangeau; l’union entre eux fut continuelle: les uns y mettaient la protection, les deux autres les respects et les adorations, jusque des escapades de leur gendre qui se moquait d’eux avec peu de ménagement. »
Dangeau de Courcillon C »était un homme très singulier, qu’une cuisse en moins n’avait pu attrister. Il avait perdu une jambe à Malplaquet. Par la faveur de sa mère et la sienne propre auprès de Mme de Maintenon, et son état de mutilé, il s’était mis sur le pied de tout se permettre, et il en faisait d’inouïes avec beaucoup d’esprit et une inépuisable plaisanterie et facétie, mais au fond il ne valait rien, et de la plus étrange débauche et la plus outrée.   « Il  jouait volontiers de son pilon…..le voilà à sauter sur son pied comme une pie….Courcillon devait 400 livres à la limonadière. Il voulut continuer à boire sans payer; elle lui dit des injures; il lui donna un soufflet; ils s’arrachèrent perruques, escoiffons et tout, et se roulèrent par terre….. »
Voltaire a écrit sur lui un poème satirique: La Courcillonnade:

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…………………………………..Oh! s’il allait quitter la débauche et la table,………………………………………
…………………………………….S’il était assez fou pour être raisonnable,………………………………………..
…………………………………………….Il se perdrait, Grands Dieux!………………………………………………..
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 »Il mourut de la petite vérole. Sa femme, fille unique de Pompadour, belle comme le jour, eut de quoi être consolée….Courcillon ne laissa qu’une fille unique ».

 

 

La race s’éteignit faute d’héritier mâle. Le titre tomba en déshérence. Louis XV  l’offrit à sa favorite, Melle Poisson.
Pompadour, pompadour…Ce nom longtemps respecté fit rigoler les Italiens de Versailles.

 

La vie que Catherine de Sainte-Maure, marquise de Laurière, s’était choisie et qu’elle aimait, loin de la Cour, était celle que sa mère lui avait enseignée par l’exemple au foyer familial. Elle meublait sa solitude par des travaux de ménagère bourgeoise, elle veillait à la bonne marche de sa maison et à la moralité de ses gens. Les dimanches après la messe on s’adressait à elle pour régler des litiges et apaiser des disputes. Elle excellait dans les ouvrages de couture et comme elle était d’un caractère doux et affable, les dames des alentours passaient des journées en sa compagnie à tailler des bavettes et couper des sarraus. A vrai dire c’est comme ça qu’on l’imagine. Eloignée de sa famille elle reportait sa tendresse et sa pleine confiance sur la jeune Demoiselle de Fauveau, du château de la Ribière Trancheserf. Elle en avait fait sa dame de compagnie. ..

En avril 1677 un évènement bouscula son traintrain provincial: par un  courrier déposé à Chanteloube son fils Léonard lui annonçait  sa visite prochaine . Il venait seul;  il resterait peu de temps. Elle se promit de ne pas le sermonner. Elle pensa qu’il lui demanderait des sous mais il n’en fut rien.
Le drame se noua dans la nuit du 30 avril (v.note 5); Joseph Martin le curé de Saint Michel-Laurière en rédigea le compte-rendu dans son registre BMS. On peut consulter le microfilm à Limoges aux Archives Départementales:

  « Dernier d’avril, premier de mai, à deux heures du matin ai vu décédée Catherine de Sainte-Maure, dame marquise de Laurière, d’un débordement du cerveau qui l’a prise vendredi passé environ une heure de l’après midy. Elle fist son testament hier au soir, en ce suis témoin, reçu par Me Mathurin Thèvenot de Volondat, minuté par Me du Vignaud, par lequel elle a déclaré y avoir une donation dans le contract de son mariage avec le Seigneur Marquis en faveur d’un de leurs enfants masles par elle laissé au choix dudit seigneur de l’appliquer auquel sont deux enfants qui leur restent qu’il lui plaira, donnant à l’aîné au cas que ledit seigneur ne lui consacre le fruit de ladite donation, la somme de 60000 livres, et au puîné au même cas la somme de 45000 livres et à Mademoiselle elle lui lègue la somme de 75000 livres et ses joyaux. A aussi légué à Léonarde de Fauveau, Delle de Tranchecerf, sa fille de chambre, pour les bons services qu’elle lui a rendus, la somme de 1000 livres. A faict ledit Seigneur héritier du résidu de tous ses biens. Elle reçut hier les sacrements de l’Eucharistie et de l’extrêmonction de ma main, s’étant confessée à Me Ruben ».  « Le premier mai a été porté le corps de la défuncte Madame dans notre église où M l’abbé de Grandmont a faict l’office. Y ont assisté les sieurs prieurs de Folles, Bersac, Arrènes; les sieurs curés de Jabreilles, Saint Sulpice, Saint Pierre de Fursac. Les sieurs Chassaignaud, Tunloup, Pasquet, Saint-Martin, Peyrichon, Ramigeon et moy avons porté ledit corps à sa chapelle…….LaCoste?, Couturier et mon frère. Ont porté le drap mortuaire les Srs Marsiat, LaVillatte, La Rivière et Sazeyrac… Ont encore assisté audit convoi Me Ruben et le P. Bernardin. On a donné 40 livres par aumône et quantité de pains, s’étant trouvé 320 pauvres.
Le trois de juin M l’Intendant de Limoges appelé … est venu voir Monsieur.
Le 13 de juin Monsieur a fait conduire sur un brancard porté par deux mulets le corps de Madame dans l’église de Bersac.
Le 14 on l’a conduite, partie par mulets, partie du chemin dans une charrette, à St Junien où elle repose dans l’église des Cordeliers.
Le 15 on l’a conduite au Bourdeix où le soir même on la mit dans le sépulcre. Ont assisté quantité de personnes.
Le vingt se fit la quarantaine. Monseigneur l’évêque de Périgueux dit la grand-messe, assisté de deux diacres et de deux sous-diacres, où se sont trouvés 60 pauvres et toute la communauté des Cordeliers de Nontron, y estant Me Maillard, official, et Me Dubois qui fist l’oraison funèbre. »

La soeur de Léonard, héritière des joyaux de Catherine, était Julie de Pompadour, qui avait épousé en 1676 Jean de Talleyrand, prince de Chalais. Les routes de ces deux illustres familles s’étaient déjà rencontrées en 1453 . Pour ce premier croisement qui implique Marguerite de Chauveron, de Laurière et du Ris, on peut voir sur Google:  « Précis historique des comtes de Périgord et les branches qui en descendent » – p.66 –

Abraham le laquais devient marquis de Laurière

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De retour à Versailles après l’enterrement, Léonard reprit place à la table de jeu. Léonard signait des reconnaissances de dettes aux compères d’Abraham; Abraham les collectionnait. Abraham l’ancien laquais devint Messire Abraham Peyreinc demoras de Moras, chevalier, acquéreur  des charges  de Léonard et de la terre et marquisat de Laurière, Nouailles et leurs dépendances, conseiller du roy en ses conseils, Maître des requêtes ordinaires de son hostel, par acte du 12 juillet 1725 reçu par Perret et son confrère, notaires au Chastellet de Paris. A 75 ans Léonard,  le  roi dec,  avait bazardé au jeu son château, ses terres, ses titres et ses charges au profit du valet.

 

 

 

Portrait d’Abraham de Moras attribué à  Hyacinthe Rigaud. Visible au Musée Cèvenol – 30 – Le Vigan.

Comme Abraham  avait une bonne bouille sympa et honnête, Law lui accorda sa confiance; il  le choisit pour tenir la caisse. (  Peut-être lui fut-il un peu imposé par le Régent…)

  « Ce portrait d’un atelier parisien exprime le désir de durée d’une nouvelle noblesse qui s’essaie au modèle aristocratique. Son esthétique hésite entre l’image officielle, pompeuse et guindée, et le portrait psychologique, nettement perceptible sur l’œuvre ici reproduite. Eternisé dans un léger trois quarts, sourire aimable, regard sans insolence, perruque bouclée sans aucune symétrie ou raideur, habit de velours de soie rehaussé d’un savant négligé de dentelles, les qualités humaines du personnage sont mises en avant bien plus que l’importance de ses charges ou de sa fortune. Comme chez Hyacinthe Rigaud, le goût du naturel l’emporte sur l’hiératisme. »(wikipedia)

  « Abraham Peyrenc (ou Perenc) (1686-1732), fils d’un chirurgien-barbier du Vigan,  partit pour Paris où il réalisa une énorme fortune. Ambitieux et avisé, il se retira des affaires, devint marquis de Moras, maître des requêtes du Conseil du Roi, directeur de la Compagnie des Indes. Il se fit construire, rue de Varennes, par Gabriel, un magnifique hôtel, connu aujourd’hui sous le nom d’Hôtel Biron. L’actuel Musée Rodin. »(wikipedia)

Abraham ne vint pas salir ses bottes seigneuriales toutes neuves en terre limousine. Pour régler les détails de son emplette il s’en remit à un sous-fifre, le sénéchal de la Loubière, compte palatin, compte de Saint Jean de Latran (- sicvoir ci-dessus acte notarié du 24 juin 1726): La Loubière, au nom d’Abraham, régularise par cet acte un problème de double vente: Abraham rembourse l’acheteur de la métairie du Breuil puis il actera Pompadour pour rentrer dans ses fonds,  récupérer tout son argent car il n’est pas homme à faire des sacrifices.
Comment peut-on être Limousin? Abraham  ne resta pas longtemps marquis de Laurière. Le titre et les biens furent lestement revendus à Blondeau, du Bureau des Finances de Limoges, et  les sous furent dépensés à l’hôtel:  En 1731 il quitta le Marais pour le quartier chic de Saint Germain. C’était l’apothéose, le podium pour l’ancien larbin. 

Sa vie brûla avec  l’intensité d’un feu de paille. Il mourut à quarante six ans.

 

 

Ce début de XVIIIème siècle vit  le laquais Abraham de Moras gagner  par ses magouilles et ses arnaques,  les vénérables terres de Laurière, et devenir marquis.

Dans le même temps ,  par les vertus de son cul exceptionnel, Jeanne-Antoinette Poisson devenait  Marquise de Pompadour – titre en déshérence –

Quelque chose pourrissait dans le royaume de France.  

 
Histoire des Blondeau –
La famille Blondeau acquit le domaine et le titre de Laurière entre 1726 et 1731. Ceux-là n’étaient pas connus pour de glorieux faits d’armes, mais ils  comptaient comme fermiers généraux depuis huit générations: Jean Blondeau, 1639, 1656; autre Jean, 1665, 1680; Joseph, 1683; Jean,1685; Joseph, 1690; Gabriel, sieur de Ventau, 1725; Blondeau de la Bastide,1739; enfin Blondeau de Laurière, 1751, 1765. Côté noblesse les fermiers des impôts pouvaient donc se prévaloir, comme les Hélie-Pompadour et les Talleyrand, des « comptes«  du Limousin. Ils puisaient leurs valeurs au Bureau des Finances de Limoges. Au XVII°siècle, Jean Blondeau épousa Léonarde Bandy(ou Brandy). Une alliance se noua avec la famille de Mathieu Morel, « puissant seigneur de Chabannes et de Saint Léger la Montagne ». Gabriel, seigneur du Puymaud, épousa Magdeleine Moulinier dont il eut sept enfants. Jean acheta une charge de capitaine et un titre de chevalier de Saint Louis; Michel acheta une commende de chanoine; Martial, avec ses économies, se paya le marquisat de Laurière. Il épousa une nièce de sa mère et eut cinq enfants. L’aîné des garçons était François, qui acheta le titre de chevalier de l’Ordre de Saint Louis et la charge de Commandant des Eaux de Barrèges. Il ne se maria pas et le château échut au cadet, Léonard, titulaire d’une charge d’officier de cavalerie. Il est difficile d’estimer les biens de Léonard Blondeau, dernier marquis de Laurière. Aux Archives Départementales, sous la forme de dossiers de Biens Nationaux, ils ont en poids la valeur de quinze kilos.

La fin du XVIIIème siècle vit éclore ce qui  couvait depuis le début. Aux yeux ébahis des bourgeois, laboureurs et boutiquiers, sortit des décombres de la royauté un animal sans freins d’acier ni rênes d’or: une République ;  un aventurier enfourcha la bête, et Auguste Barbier nous raconte en vers  la suite de l’histoire.

 Après Varennes le noble marquis Léonard Blondeau se fit de l’émigration un ardent devoir. Il partit pour Coblentz le lis à la boutonnière, persuadé qu’il ne serait pas longtemps absent. Il entraîna à sa suite la fleur de la noblesse du marquisat: damoiseaux, écuyers et chevaliers du Chambon, de  Sazeirat, de Villefort…Les plus chanceux revirent le  pays quinze ans plus tard.

Le 22 octobre 1808 une lettre de Monsieur le Conseiller d’Etat-Police Générale signalait à M. le Préfet de la Haute-Vienne le retour du ci-devant marquis:  »Je vous demande de surveiller Léonard Blondeau, émigré amnistié, qui se rend à Limoges avec le passeport de la Préfecture de Police. »
Le 22 novembre le préfet répondait au Conseiller: » Le sieur Léonard Blondeau est arrivé le 10 de ce mois en cette ville et est décédé dans la nuit du même jour. »

Cette mort opportune lui épargna des déceptions. Ses terres avaient été vendues et payées rubis sur l’ongle en monnaie de singe au bénéfice de la Nation. Les nouveaux propriétaires légitimes étaient devenus de farouches antiroyalistes. Son château constituait le lot des enchères n° 18:
Vente du 2 octobre 1793:  »château de Laurière, petit jardin derrière, cour, basse-cour, pavillon et écurie, grenier et dépendances, estimés à peu de valeur attendu que les fers, ferrements, plomb ont été ôtés et qu’ils sont entièrement dévastés, et qu’il est presque impossible de tirer parti des matériaux. Cependant nous les portons à la somme de 1500 livres. » Il fut acheté par Yacinthe Bauger, le 16 frimaire an II (6 déc 1793) pour la somme de 9000 livres, après les importantes modifications subies à l’initiative des jacobins de Bellac:
11 septembre 1792: inventaire descriptif du contenu du château de Blondeau émigré (94 pages).
11 décembre: vente du mobilier de la maison après nomination de deux commissaires.
6 septembre 1793: lever des scellés apposés sur la porte dite  »du Trésor », autrement dit de la chambre où est la bibliothèque du château., pour faire enlever tous les livres et les conduire à Bellac.
15 septembre 1793: sur ordre du citoyen Mignot, administrateur du district de Bellac, transport audit district de tous les papiers et titres pour y être brûlés. Le maire se rend à la porte pour y reconnaître les scellés. Pour le transport des gardes nationaux seront réquisitionnés.
 »Nous maire et officiers municipaux …..avons ouvert les portes des chambres où sont exposés les titres papiers et le Terrier de la ci-devant terre de Laurière, et en notre présence le citoyen Dufourt les a mis dans une malle, et de là transportés dans une charrette attelée d’une paire de boeufs pour les faire conduire en la ville de Bellac conformément à ladite commission. Avons de suite refermé les portes et apposé le scellé sur le trou de la serrure. »
29 ventôse an II: Sur ordre du Directoire de Bellac et sous le contrôle du citoyen Mignot, administrateur, une équipe de sept maréchaux travaille pendant trois jours sur le toit pour enlever les plaques de plomb, les ferrures et tous matériaux couvrants. Le salaire est fixé par l’administration: 40 sols/jour soit 42 livres. Les poutres sont récupérées et stockées en vue d’un réemploi éventuel. par exemple pour l’entretien des « arbres » des moulins.( lire « la papeterie de l’étang ») Les pierres sont utilisées pour combler l’étang de la place et la rivière du Diable, et niveler l’actuelle place du Marché. ( Ce qu’il en restait servit après la tourmente révolutionnaire à la construction de l’église)

Épilogue: On doit à la vérité de dire qu’après la tempête il restait quelque chose du marquisat: une forêt de 287 ha qui n’avait tenté personne parce qu’elle appartenait à tout le monde. L’héritier en vertu de la loi du 9 septembre 1814 était Alexandre Blondeau fils de Léonard,  habitant à Planoy (Seine-et-Marne). Il reçut de Charles X  un dédommagement de 250000 F .

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